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Le Canada est reconnu comme une terre d’accueil. Depuis quelques années, le Québec en est la principale porte d’entrée, notamment en ce qui concerne les demandeurs d’asile qui arrivent parfois, voire même souvent sur le sol québécois sans aucune connaissance de la langue française ou scolarité. La résidence YMCA est le premier refuge pour les demandeurs d’asile lorsqu’ils arrivent à Montréal – depuis la frontière terrestre d’avec les États-Unis ou directement de l’aéroport Pierre-Elliot Trudeau.

Membre de l’équipe service à la clientèle de la Résidence YMCA du Québec qui s’occupe principalement de l’accueil des demandeurs d’asile, notre rédacteur a bien voulu traiter de certains enjeux liés à la traduction qu’il a pu constater dans le cadre de ses fonctions. Les témoignages cités dans ce texte sont bien réels mais leur nom n’est pas mentionné, pour des raisons de confidentialité.

Vu les nombreuses démarches administratives auxquelles ils doivent se soumettre, la méconnaissance de la langue française peut s’apparenter à un véritable handicap. Pour ceux et celles qui, en plus, ne sont pas capables de communiquer en anglais, il faut recourir aux services d’un traducteur, avec tout ce que cela comporte comme défis dans la retranscription des propos originaux.

Un service essentiel

Ces nouveaux immigrants doivent se faire accompagner, pour certains, par leurs proches, qui s’expriment soit en français ou en anglais. Les raisons sont multiples – rencontres avec des travailleuses sociales, démarches au bureau de l’aide sociale, rencontres avec leur avocat ou encore les convocations à l’immigration.

Quand les demandeurs d’asile ne connaissent personne sur place, les travailleurs et travailleuses sociales – généralement du Programme régional d’accueil et d’intégration des demandeurs d’asile (PRAIDA) – contactent des traducteurs pour les accompagner dans leurs démarches. Ces traducteurs agréés sont membres de l’Ordre des Traducteurs, Terminologues et Interprètes Agrées du Québec OTTIAQ et s’assurent de donner le meilleur service dans une multitude de langues.

Une demandeur d’asile originaire du Burundi, s’exprimant essentiellement en Kirundi (Dialecte national), a eu recours aux services d’un traducteur : « Je n’étais pas scolarisée dans mon pays d’origine et je parlais pas bien le français, le fait d’avoir eu les services d’un traducteur agréé m’a été d’un énorme secours », nous a-t-elle confié. « Je ne pense pas que je serais parvenue à me faire comprendre du commissaire si mon traducteur n’avait pas été là, sa traduction était fidèle et c’est à lui que je dois d’avoir été acceptée comme personne protégée ici au Canada », conclut notre source.

Les défis de la traduction

Mais il arrive parfois que même avec le plus grand professionnalisme des traducteurs et traductrices agréés, la traduction ne soit pas fidèle aux propos originaux du nouvel arrivant simplement à cause des barrières de communication. De plus, certaines des personnes qui ont eu recours au service de traduction, notamment lors de leur audience d’acceptation, nous ont confié leur frustration de se rendre compte que « le traducteur ne pourrait jamais transmettre la même émotion que nous car il n’a pas vécu ce que nous racontons. Il ne sait pas ce que nous avons vécu. Tout ce qu’il fait c’est traduire le plus fidèlement possible ce que nous disons. »

Des situations complexes

Les situations sont multiples et très complexes, à la fois pour les traducteurs et les migrants. Parfois, même si les demandeurs d’asile parlent un certain type de français, il n’est pas toujours aisé de se faire comprendre vu les variantes linguistiques.

C’est donc à un véritable casse-tête que se livrent les migrants qui ne peuvent s’exprimer clairement, ni en français, ni en anglais. Les procédures pour les demandeurs d’asile qui étaient assez rapides à l’époque, soit dans un délai de deux mois, peuvent maintenant aller jusqu’à deux ans avant de passer en cour. Mince consolation, ils ont accès aux cours de francisation à temps partiel, mais n’ont néanmoins pas accès aux allocations, peut-on lire dans le Programme d’aide financière pour l’intégration linguistique des immigrants du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI).