Gerardo Gollo Gil, directeur régional adjoint au MAPAQ

Immigrer n’est pas facile, voire même très difficile et ce, d’autant plus lorsque l’on ne parle pas la langue. S’y épanouir n’est cependant pas mission impossible. Gerardo Gollo Gil, vénézuélien d’origine installé définitivement au Québec depuis 2009, l’a prouvé. Homme de principe qui « aime les gens », il a accepté de nous livrer la recette de son intégration réussie.

Sélectionné parmi 3 000 candidats

Passé par une entreprise publique vénézuélienne où il travaillait à la gestion de l’eau potable, Gerardo Gollo Gil œuvre toujours dans l’intérêt général, mais cette fois-ci au Québec. Il est en poste au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) depuis 2011. Agronome cinq années durant, il gère depuis mars 2017 une équipe d’une trentaine de personnes à la direction régionale de la Montérégie. Leur mission ? « Garantir les repas dans les assiettes dans un contexte de développement durable », explique-t-il. « On fait de l’agriculture et on essaie qu’elle soit rentable. Mais on essaie aussi de diminuer son impact sur l’environnement en accompagnant les producteurs dans toutes sortes d’initiatives. »

Ce poste, il l’a obtenu après avoir passé un examen auquel se sont présentés environ 3000 candidats qui devaient démontrer un bon niveau de français. Ce qu’il a fait, même si certains ont tenté de le dissuader en lui disant qu’il n’y arriverait pas.

« Le premier défi en arrivant, c’est d’apprendre le français »

Après trois mois de cours intensifs de français avant de partir du Venezuela, M. Gollo Gil, ses deux filles et leur mère ont posé le pied au Québec pour la première fois en 1998. Lui venait pour effectuer une maîtrise en science de l’agriculture à l’Université Laval à Québec.

Rester en accord avec ses valeurs

En parallèle à ses études universitaires, il  assistait à des cours obligatoires auxquels il a ajouté une session d’été intensive, cette fois facultative, neuf mois après son arrivée. Le français est une langue difficile à apprendre. Encore plus lorsque l’on a des enfants et un travail à côté. Sur ce point, Gerardo Gollo Gil a eu de la chance. « J’avais une bourse qui me permettait de me concentrer sur mes études sans travailler », témoigne-t-il. Pour cause, son premier séjour au Québec a eu lieu dans le cadre d’un programme de formation compris dans une entente entre le Canada et le Venezuela.

C’est pourquoi, à l’issue de ses études, il est rentré travailler dans son pays d’origine.

Il reviendra fin 2002, puis repartira au Venezuela en 2007, pour se rapprocher de sa famille. Mais en 2009, à l’approche d’un référendum portant sur la réforme de la constitution « dans un État de plus en plus politisé, avec un gouvernement qui mettait ses couleurs partout », il a dû prendre une décision des plus difficiles : Quitter à nouveau le Venezuela et sa famille pour rester en accord avec ses valeurs. Sous peine de perdre leur emploi, tous les employés de l’État ou des entreprises publiques devaient payer l’équivalent d’une journée de travail pour financer la campagne du gouvernement à l’approche du référendum. Fort de son intégrité et porté par la fierté de ses proches ainsi que de ses collaborateurs, monsieur Gollo Gil est rentré au Canada, son pays d’adoption où il a acquis la citoyenneté en août 2016. Une terre qu’il aime au point de se sentir « aussi Québécois que latino-américain. »

L’intégration, plus qu’une question de francisation ?

Gerardo Gollo Gil est chez lui dans une société qu’il a découvert naturellement. « J’ai habité dans la ville de Québec pendant des années et encore aujourd’hui, à chaque fois que j’arrive au pont Pierre-Laporte ou que je vois le pont de Québec, j’ai le sentiment de revenir à la maison. À Montréal aussi, lorsque l’on va visiter des amis ou la famille. »

« Il faut croire en soi-même, en ses possibilités. Il faut travailler fort mais il faut s’amuser en le faisant. Il faut aimer ce dans quoi on va s’investir et il faut continuer malgré les difficultés »

« Depuis que je suis arrivé ici, avec mes amis, avec ma famille, on s’est toujours dit qu’on est sur une terre qui nous a reçu et bien accueilli. Tout en gardant notre identité, en oubliant pas d’où l’on vient, c’est important de connaître la culture québécoise, connaître la culture canadienne, s’intégrer dans le milieu, essayer des choses ». Les exemples fusent : « apprendre à patiner », « à skier », « aller à la cabane à sucre », savoir « chanter des chansons québécoises ». « Visiter des villages, si possible » ajoute-t-il, avant de poursuivre qu’il faut « connaître un peu l’histoire. Ce qui a mené cette langue à se tailler une place ici, dans un territoire américain ».

Apprendre le français, c’est « un minimum », « une question de respect » affirme-t-il. Il faut aussi « aller vers le monde », explique-t-il, même si ce n’est pas toujours évident. « Il faut croire en soi-même, en ses possibilités. Il faut travailler fort, mais il faut s’amuser en le faisant. Il faut aimer ce dans quoi on va s’investir et il faut continuer, malgré les difficultés ».

La solidarité, autre vecteur d’intégration

Dans ces moments plus difficiles, monsieur Gollo Gil a reçu de l’aide, notamment d’un ami qu’il tient particulièrement à remercier. « En 2009, quand je suis arrivé du Venezuela, il m’a permis d’habiter chez lui. J’avais 1 800 dollars canadiens, et rien d’autre. Pour travailler au champ, j’avais besoin d’avoir une voiture. Roberto m’a prêté la sienne pendant deux semaines pour me donner le temps d’en acheter une », se souvient-il.

Assurément, ce soutien l’inspire. « Il faut que je me cherche quelque chose à faire, car je trouve qu’on n’aide pas le monde. Il faut que je me cherche une cause », se dit-il à mi-voix, sur un ton pensif. Il nous l’a dit, il aime les gens. Et d’une façon ou d’une autre, Gerardo Gollo Gil, à son tour, songe désormais à aider autrui.

Les petits gestes sont souvent plus importants qu’on ne l’imagine. Leur somme peut, avec le temps, mener à une intégration réussie. Le parcours de monsieur Gollo Gil le démontre à merveille.