Depuis l’adoption le 16 juin 2019 du projet de loi 21 sur la laïcité au Québec, une nouvelle ère s’annonce en matière d’interdiction de port de signes religieux par les employés de l’État. Alors que cette Loi vise la « neutralité religieuse » selon le législateur, elle risque de porter un coup au vivre-ensemble dans les quartiers de Montréal, une métropole connue pour sa « grande diversité » au Canada.

Fini, le port de signes religieux chez les enseignants et les directeurs des écoles publiques, tout comme chez les agents de l’État en position d’autorité (policiers, gardiens de prison, avocats et juges). La nouvelle Loi sur la laïcité de l’État l’interdit dorénavant, à l’exception des employés de l’État qui occupaient ces fonctions lors du dépôt du projet de loi à la fin mars 2019. Ceux-ci bénéficient d’un droit acquis, une mesure communément appelée « clause grand-père ».

Pendant ce temps, toute personne qui est actuellement aux études ou sur le point d’embrasser une nouvelle carrière, par exemple dans le domaine de l’enseignement ou au sein d’un corps policier, doit déchanter. Il faut soit abandonner ou, au prix coûte que coûte de dégoter « l’emploi de rêve », devoir se débarrasser de tout « objet religieux devenu encombrant ». « Maintenant que la Loi est en vigueur, qu’adviendra-t-il des ambitions de toute personnes qui s’est investie et a étudié pendant plusieurs années pour enseigner ? Que dire encore de ceux et celles qui ont accumulé des dizaines d’années d’expertise pour devenir directeurs et directrices d’école ? », s’interroge Philippe-André Tessier, président de la CDPDJ.

Qu’adviendra-t-il des ambitions de toute personne qui s’est investie et a étudié pendant plusieurs années pour enseigner ?

Sachant que la liberté de religion est protégée par la Charte québécoise et canadienne des droits et libertés de la personne et comprend le droit de professer ouvertement ses croyances, de les manifester par le port de signes religieux et de pratiquer le culte religieux qui s’y rattache sans crainte d’empêchements ou de représailles – le législateur québécois a jugé bon d’insérer une clause dérogatoire dans la Loi sur la laïcité de l’État pour la soustraire à l’application des chartes canadienne et québécoise des droits de la personne.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a émis une mise en garde sur toute situation de discrimination. « La Loi sur la laïcité de l’État ne doit pas être vue comme un permis général de discriminer », a prévenu la CDPDJ.

Il faut savoir que le projet de loi 21 sur la laïcité et le projet de loi 9 sur la réforme de l’immigration ont été proposés par le ministre Simon Jolin-Barrette, ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du gouvernement dirigé par la Coalition avenir Québec (CAQ). « J’en serais très fier parce que le projet de loi sur la laïcité est un avancement majeur pour la société québécoise. Je serais très fier que mon nom soit associé à ces deux projets [de loi] », avait laissé entendre le ministre Jolin-Barrette, avant l’adoption du PL21.

S’il est vrai que la Loi sur la laïcité vise les employés de l’État, il n’en demeure pas moins vrai que la majorité des gens qui ont commencé à « se sentir exclus » dans la société québécoise sont des personnes issues de l’immigration. Bien avant l’adoption du projet de loi interdisant le port de signes religieux, beaucoup de femmes de religion musulmane, travaillant dans des services de garde à Montréal, avaient commencé à se plaindre de la discrimination dont elles étaient victimes.

Maintenant que le Québec s’est doté d’une Loi sur la laïcité de l’État, quel sera l’effet sur le vivre-ensemble au Québec ? Loin de faire l’unanimité dans la société, au Québec comme au Canada, la loi reste difficile à comprendre avec toutes ses subtilités. Vision croisée tentera dans les numéros à venir de suivre ce dossier afin d’en faciliter la compréhension.