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Dans toutes les sociétés, les êtres humains s’interrogent sur la meilleure façon de promouvoir l’harmonie entre les personnes et les communautés qui partagent un même territoire.

Dans le cadre de ce numéro thématique, Vision croisée a demandé à un spécialiste d’expliquer en quoi consiste cette idée du vivre-ensemble. Bob W. White est professeur titulaire au Département d’Anthropologie à l’Université de Montréal et directeur du Laboratoire de recherche en relations interculturelles (LABRRI).

Faciliter le rapprochement entre les communautés

Certaines régions du monde s’urbanisent plus vite que d’autres (notamment en Asie et en Afrique), mais partout, le nombre et le pourcentage de personnes vivant dans les villes est en train d’augmenter.

Si on peut dire que moins de personnes dans le monde d’aujourd’hui vivent dans la pauvreté et que les êtres humains vivent plus longtemps, il faut aussi constater l’écart grandissant entre les riches et les pauvres. Tout particulièrement dans le contexte de l’immigration où les familles doivent se déraciner pour recommencer à nouveau leurs vies.

En même temps, il y a de plus en plus de diversité dans les villes, non seulement en ce qui concerne l’identité (ethnique, religieuse, raciale, linguistique, genre) mais aussi en rapport avec les différents statuts des personnes qui vivent dans les villes (socio-économique, statut d’immigration, parcours professionnel, etc.). Les chercheurs en sciences humaines parlent maintenant de la « super-diversité ».

Dans les dernières années, les hostilités envers les immigrants et les minorités visibles dans plusieurs pays occidentaux poussent les gouvernements et les villes à chercher des moyens pour faire la promotion du vivre-ensemble. Les villes jouent un rôle essentiel dans la compréhension de ses dynamiques puisque c’est là que les gens vivent et interagissent sur une base quotidienne.

Les villes jouent un rôle important dans l’intégration des nouveaux arrivants et dans la promotion de l’inclusion des groupes minoritaires. Certaines études ont mis l’accent sur le phénomène des « villes interculturelles », notamment pour l’accent qui y est mis sur les interactions entre les groupes.

Plusieurs définitions

Comme Rachida Azdouz l’explique dans un livre récent sur le sujet, il n’y pas de définition unique du vivre-ensemble. Le terme est souvent repris par les hommes et femmes politiques pour masquer les causes de l’exclusion, notamment la discrimination et le racisme.

Évidemment, le vivre-ensemble veut dire beaucoup de choses, mais au lieu de le disqualifier comme un « fourre-tout » ou « discours de langue de bois », on doit l’investir davantage en donnant des définitions claires et des mesures pour s’assurer qu’il soit compris par l’ensemble des citoyens. Du point de vue de l’action communautaire locale, on pourrait voir le vivre-ensemble comme « scénario » pour imaginer l’avenir et le bien-être des milieux de vie.

Le « vivre-ensemble » pourrait être défini comme une cohabitation harmonieuse qui permet l’émergence d’un projet de société commun entre personnes d’origines diverses qui partagent un même territoire.

Du point de vue des administrations municipales, surtout du point de vue des élus, le défi est de taille. D’abord il faut reconnaître la diversité et reconnaître que celle-ci fait partie de l’histoire et de l’évolution de notre société. Deuxièmement, il faut s’engager dans une lutte pour s’assurer que les droits sont respectés et qu’il y a égalité des chances pour les citoyens de toute les origines. Troisièmement, il faut se donner des outils pour faciliter des interactions positives entre les communautés et réduire les écarts de compréhension par rapport à la participation des citoyens.

Doit être porté par l’ensemble des acteurs

Les institutions publiques, les organismes communautaires et les entreprises doivent se doter de cadres de référence, de guides et d’outils de formation qui donnent des orientations claires par rapport à la promotion du vivre-ensemble, autant pour les employés que pour les citoyens.

Nous savons que Montréal est une ville où l’on vit bien, avec un bon degré de paix et d’harmonie entre les citoyens. Mais ceci ne veut pas dire qu’il n’y a pas de problèmes chez nous. Au contraire, nous savons que les immigrants au Québec sont plus scolarisés que la moyenne des citoyens, mais ils enregistrent un taux de chômage nettement supérieur au reste de la société.

Le vivre-ensemble n’est pas une idée dans les nuages ou une théorie vide de sens. C’est quelque chose qu’on fait dans des contextes spécifiques, en contact avec les autres, avec l’idée d’améliorer les choses. Ce n’est pas uniquement vivre l’un à côté de l’autre dans des « vies parallèles », mais plutôt de chercher des projets communs sur un territoire partagé, sans ignorer que nous sommes porteurs et porteuses de traditions différentes et que nous avons des perceptions et des objectifs parfois divergents.

Le vivre-ensemble c’est l’art de faire ensemble avec nos différences.

 

Références : (Ne pas inclure pour le magazine papier)

AZDOUZ, R. Le vivre-ensemble n’est pas un rince-bouche, Gallimard- Édito,2018

LEROUX, G. Différence et liberté, Les Éditions du Boréal,2016

NAIL, T. The Figure of the Migrant, Stanford U Press, 2015

WHITE, B.W. Pensée pluraliste dans la cité: L’action interculturelle à Montréal, Anthropologie et Sociétés, 41(3), 2017.

Ville de Montréal. Politiques et programmes sur le Vivre ensemble au sein des villes de la Francophonie : États des lieux, 2018 https://observatoirevivreensemble.org