Photo : Société historique de Rivière-des-Prairies
Le village de Rivière-des-Prairies

Jongler avec la différence pour rapprocher les communautés

Montréal est une ville cosmopolite. Et le quartier Rivière-des-Prairies est à l’image de la municipalité à laquelle il est rattaché depuis 1963 : marqué par la cohabitation de communautés aux origines diverses.

Cet été, Vision Croisée est allé à la rencontre de deux acteurs communautaires du quartier. Nous avons discuté des enjeux du vivre-ensemble qui sont propres à cette bande de terre située sur la pointe est de l’Île, le long de la rivière dont elle porte le nom, bien loin du centre-ville…

Pour se rendre au centre communautaire de Rivière-des-Prairies, il faut prendre un bus.  Le circuit du 449 à partir de la station de métro Radisson. Après plus d’une heure de transport, nous débarquons face au parc, à l’aréna Jean Masson. À l’horizon ? Un dépanneur. Non loin ? Une SAQ et un supermarché IGA, d’après le GPS. Sinon ? Un long boulevard jonché d’habitations.

On imagine vite que les habitants du quartier n’ont pas les mêmes besoins que ceux du « centre ». Karine Tremblay, agente de liaison à la Corporation de développement communautaire de Rivière-des-Prairies (CDC-RDP), nous l’explique d’emblée. Les transports et les commerces de proximité sont des « enjeux prioritaires » de développement socio-économique du quartier. » En plus du vivre-ensemble.

Mais au fait, c’est quoi le vivre-ensemble ?

Large concept ! répond-elle. « Ici, on l’entend plus comme la création d’espaces de rencontre et de vie de quartier », lance-t-elle. « Sur cet enjeu-là, on a ciblé plusieurs grands changements souhaités. Il y en a un qui vise plus de mixité », poursuit-elle. Au niveau culturel, mais aussi intergénérationnel.

En raison des incivilités commises dans le voisinage, certains commerçants se méfient des attroupements de jeunes.  Amère, Karine Tremblay avance qu’il « manque d’espaces de rencontre pour les jeunes dans le quartier. »

La construction d’un nouveau centre culturel « vise à accroître le vivre-ensemble », croit-elle. Attendu pour l’instant en 2023, le projet Espace Rivière prévoit des locaux « plus appropriés aux rencontres et aux activités communautaires, ainsi que des espaces pour les jeunes du quartier ». Pour autant, « Espace Rivière n’est qu’une partie de la solution », assure Karine Tremblay. Seuls les organismes « actuellement logés au centre communautaire » déménageront dans le nouveau pôle culturel du quartier qui n’offrira pas tous les lieux de rencontres espérés par les Prairivois.

Qui dans sa jeunesse n’est jamais allé se balader au centre d’achat avec ses amis ? « Il n’y a pas vraiment de zone dite commerciale, nous dit Jean-Baptiste Volcy, directeur du Centre de la famille haïtienne et interculturel de Rivière-des-Prairies. « À l’est c’est pire, il n’y rien, même pas un dépanneur ! », insiste-t-il. Dans ces conditions, difficile de rencontrer son voisin.

C’est justement une autre préoccupation de nos deux interlocuteurs. Jean-Baptiste Volcy nous explique que « le quartier est linéaire », « ce qui n’aide pas trop à socialiser ».

Pointe-aux-Trembles, le quartier voisin, est plus dense, plus compact et moins empreint de diversité culturelle.  Dans l’autre moitié de l’arrondissement, en plus d’améliorer le vivre-ensemble, on se préoccupe aussi des problèmes de logement, de l’errance et des personnes atteintes de troubles mentaux. À Rivière-des-Prairies, on cherche plutôt à « bâtir des ponts » entre les communautés.

Le vivre-ensemble : se regrouper, se mélanger, se rencontrer 

Dix cafés urbains organisés en mars 2018 ont servi à brosser un portrait des besoins du quartier en terme de développement social. Karine Tremblay raconte : « Plus de 150 citoyens et citoyennes issus de divers contextes y ont participé. Avant de les laisser s’exprimer sur ce qu’ils voulaient améliorer, on leur demandait ce qu’ils aimaient le plus ». L’une des choses qui ressortait le plus souvent, c’était la diversité culturelle ! », s’exclame-t-elle avant de tempérer rapidement : « et la difficulté de se rencontrer… »

Pourtant, des événements sont organisés dans le quartier, surtout l’été.  L’équipe RDP en organise. « Il y a aussi la fête de la famille, une initiative de 1,2,3 Go. Elle attire plusieurs milliers de personnes chaque année. », rapporte Jean-Baptiste Volcy.

Il ajoute : « Malgré tout, on constate que la communauté anglophone est moins présente. Et même dans leurs affaires, les autres communautés ne participent pas. » Lui qui déplore que les différentes communautés vivent en « vase clos » se questionne : « Il y aura toujours cette diversité culturelle ! Comment peut-on la vivre, dans l’unité ? » Un peu déçu, il rajoute que « parfois, on ne sait même pas quelle stratégie adopter pour les attirer ou les intégrer dans les activités. »

Rassembler autour d’un sujet qui divise

Karine Tremblay croit tenir « une bonne première piste » de rapprochement : la politique. Ou plutôt, des rencontres entre les habitants et les candidates et candidats aux différentes élections. La CDC-RDP en organise depuis les élections fédérales de 2015. « C’est en train de devenir une tradition et les gens de la communauté italienne commencent à y être sensibles ! », s’exclame-t-elle.

La prochaine rencontre n’est pas encore fixée mais sera organisée en vue des élections fédérales cette année. Les organisateurs ont déjà pensé à quelques pratiques inclusives destinées à toucher le public le plus large possible et « pas seulement les anglophones du quartier. » Madame Tremblay indique que la rencontre aura lieu au Don Bosco Youth Leadership Center « avec, autant que possible, une équipe d’animation bilingue formée d’un ou une francophone et d’un ou une anglophone qui maîtrise bien la deuxième langue. »

Chacun aura donc la possibilité de poser sa question dans la langue de son choix. Peut-être est-ce aussi ça, le vivre-ensemble…