Journaliste française fraîchement arrivée au Québec, je m’intéresse depuis toujours aux questions de l’immigration et de la diversité. L’omniprésence de ces sujets dans la sphère publique me préoccupe : « diversité ethnoculturelle », « intégration », « francisation », « interculturulaité ». Autant de termes récurrents qui laissent penser que ce thème est d’actualité.

Et puis, finalement, en y regardant de plus près, j’ai pu réaliser qu’ici comme en Europe, les questions étaient sensiblement les mêmes. Comment intégrer ? Comment garder son identité tout en acceptant le pacte citoyen du pays d’accueil  ? Comment accueillir ? Comment enseigner la langue ? La culture ?

Réflexions passionnantes et enrichissantes notamment quand elles permettent l’émergence de projets généreux et ambitieux tel que celui du Mentorat Artistique Professionnel (MAP).

Loin d’être un projet top secret de la NASA — comme pourrait le traduire son acronyme —, ce mentorat fut initié par Jérôme Pruneau en 2014, directeur général de Diversité Artistique Montréal (DAM), en partenariat avec plusieurs associations et regroupements, dont l’Union des Artistes (UDA).

Son but ?

Mettre en place un service d’aide à la professionnalisation afin de faciliter le jumelage entre des artistes issus de la diversité et des artistes professionnels établis au Québec. Vous allez me répondre  : « Un partenariat, ils n’ont pas inventé l’eau chaude ! ». Pas dans l’esprit de Jérôme Pruneau pour qui l’ambition est « une transformation mutuelle ». Pour lui, point de transmission verticale à sens unique mais plutôt « un véritable échange de nos richesses respectives ».  Le MAP n’implique aucune intervention d’un « tuteur professionnel » en donnant naissance à un « duo ». L’importance des mots ont du sens afin de comprendre combien les deux parties sont ici mises en valeur.

En quatre ans, plus de 160 duos dans 9 disciplines (arts visuels, cinéma, théâtre, danse, musique, conte, littérature, cirque et techniques audiovisuelles) ont été formés. Des rencontres qui se forgent sur une durée de six mois. Un laps de temps idéal au cours duquel on apprend, l’un de l’autre.

Pour Sophie Prégent, comédienne, « les six mois sont devenus des années » et « l’action de mentorat, une opportunité d’ amitié ». Mentor de la première heure de l’actrice Schelby Jean-Baptiste, elle reconnaît avoir « immédiatement été séduite par l’idée de créer des ponts, de devenir passeuse. Partageant le même métier, j’ai simplement ouvert mon réseau, essayé d’être une inspiration et finalement, Schelby m’a aussi inspirée. Nous avons immédiatement ressenti une relation forte ».

Même écho enthousiaste du côté de Schelby Jean-Baptiste qui est aujourd’hui une comédienne confirmée. Depuis une saison, celle qui a été révélée au grand public via la série Trauma diffusée sur Radio-Canada, s’illustre également dans la série Unité 9 depuis l’automne 2018 et dans de nombreux projets cinématographiques.Elle témoigne que « sa rencontre avec Sophie a été un vrai moteur. Pouvoir compter sur quelqu’un vers qui se tourner quand on a des doutes dans notre métier, c’est précieux ! »

Déjà sensible aux dynamiques de la diversité lors de son entrée en poste à la présidence de l’UDA en 2018, Sophie Prégent fut renforcée dans ses convictions grâce à cette aventure humaine. Le cercle vertueux s’est alors mis naturellement en place et, aujourd’hui, au sein de l’UDA est né « un comité mosaïque » reflétant la visibilité des minorités dans le monde artistique.

39 duos formés entre l’automne 2018 et l’été 2019

 

 

*Citation d’André Malraux