Tracé imaginé par des participants-es de la journée d’information sur le logement social

Longtemps associé à une représentation négative, le logement social tel que conçu par beaucoup d’acteurs revêt un caractère résolument humain. Il  a  pour vocation de rassembler, en favorisant toutes sortes d’activités de groupe. Ses promoteurs s’inscrivent dans une logique du vivre-ensemble et de rencontre des différentes communautés et cultures. En un mot, le logement social est un concept !

Le Comité promoteur du logement social (CPLS) de Saint-Léonard organisait le 5 octobre dernier sa toute première journée d’information sur le logement social. C’était l’occasion de cerner les attentes des citoyens présents en matière de qualité de vie et d’habitation : accessibilité au transport en commun, espaces verts, participation citoyenne, logements adaptés pour les personnes dans le besoin, service de halte-garderie à proximité, mixité générationnelle, hygiène et propreté, développement durable, etc.

Organisateurs de l’événements : de gauche à droite, madame Janie Janvier de Concertation Saint-Léonard et Monsieur Francis Mireault du CPLS

Cette activité a aussi permis  de mieux expliquer ce qu’est le logement social, les différentes formules qu’il recouvre et ses modes de financement. D’ailleurs, certains citoyens pensaient, à tort, que seules  les familles à faible revenu avaient droit au logement social.  Le logement social vise une mixité sociale. Tout le monde y a accès, mais seulement une partie des habitants ont droit à une subvention au loyer (les personnes à plus faible revenu). Par ailleurs, le programme du Gouvernement du Québec, AccèsLogis, vise certains  groupes de la population : les familles, les petits ménages, les personnes âgées et les personnes aux besoins particuliers.

Si l’habitation à loyer modique (HLM) n’est plus développée au Québec depuis 1994, la création de nouveaux logements sociaux passe dorénavant par la création de coopératives et d’OSBL d’habitation. Ce type d’habitation exige d’ailleurs une forte implication de ses résidents.

Le premier attrait de l’implication des citoyens est qu’elle permet de contrôler les prix du loyer afin qu’ils ne subissent pas de grandes variations. Agir sur le prix du loyer signifie, pour les organisateurs de cette journée, réduire le coût du loyer pour que les familles puissent s’intégrer et ainsi réserver de l’argent notamment pour les activités culturelles.

Le coordinateur du CPLS, Monsieur Francis Mireault, évoque, pour appuyer ses arguments, l’enquête conduite dans le cadre du Projet particulier d’urbanisme de l’artère Jean-Talon  qui révèle que 68% des personnes utilisent plus de 30 % de leurs revenus pour se loger. Comme le dit M. Mireault, lorsque le coût du loyer est moins élevé, les citoyens comblent mieux leurs besoins primaires et s’épanouissent donc davantage. Un citoyen épanoui est plus actif au sein de la communauté et son inclusion en est favorisée.

Mais au-delà de sa dimension économique, faire la promotion du logement social revient à donner le droit de parole aux citoyens afin d’exprimer  leurs préoccupations liées aux conditions de vie. Ainsi, le slogan choisi par les organisateurs de cette journée d’information « Pour des quartiers qui nous ressemblent et nous rassemblent! » en dit long sur les visées de ses promoteurs. Si, a priori, l’intérêt porté au logement social semble être sous-tendu par une dimension économique, la question est tout autre en réalité.

« Ce n’est pas qu’un moyen d’avoir accès à un logement abordable, c’est avant tout une manière collective de se loger, un mode de vie misant sur la solidarité, l’entraide et la prise de décision démocratique »,  explique Francis Mireault.

Renforcer l’agir collectif

S’il semble difficile, au vu de la rareté des terrains à Saint-Léonard, de développer de nouveaux projets de logement social, les acteurs de ce type de logement misent sur la créativité pour trouver de nouvelles formules qui seraient à même de répondre aux attentes des citoyens, selon  notre interlocuteur. Pour lui, le rôle des groupes de ressources techniques (GRT) est d’accompagner les citoyens en amont et en aval en accompagnant les citoyens dans la création et la gestion du logement social, que ce soit en leur expliquant le mode de vie, en les accompagnant dans les processus de gestion collective, notamment par la tenue d’assemblées et de conseils d’administration.

Le logement social est une manière démocratique de se loger, où chacun a une voix. Il s’agit en outre d’outiller les citoyens afin qu’ils sensibilisent à leur tour les élus locaux à l’importance de défendre le logement social, en même temps qu’ils partagent cette vision avec leurs concitoyens. Ils seront en quelque sorte le vecteur de développement de ce type de logement. Surtout lorsqu’on sait les critiques émises à son encontre par certains milieux qui l’associent à la ghettoïsation des quartiers.

Cela est d’autant plus vrai que les citoyens qui s’engagent dans ce type de projet renforcent la mise en place des fondements de l’agir collectif. « La raison pour laquelle le logement social est si structurant, c’est parce qu’il redonne la voix aux citoyens. Ils se réunissent et ils prennent des décisions ensemble. Ce n’est pas comme le logement privé où il y a une relation potentiellement inégale. Dans le cas du logement social, cette hiérarchie n’existe pas, tout le monde est sur un pied d’égalité », rajoute M. Mireault.

Parmi les formules qui viennent pallier à la rareté des terrains, on retrouve l’opération achat/rénovation qui consiste à racheter les vieux immeubles pour en faire des logements sociaux. Les exemples positifs en ce sens ne manquent pas : ancien couvent pour en faire des logements, et même des églises transformées en théâtre pour favoriser la réinsertion des jeunes.  Ces belles expériences démontrent la capacité d’agir des citoyens. En même temps, elles exigent l’implication des citoyens pour leur réussite afin de pallier aux GRT qui ne font qu’accompagner les acteurs potentiels que sont les citoyens. Une des actions qui dynamise les collectifs a été d’identifier des personnes-ressources : « Nous avons une liste de citoyens intéressés par le logement social que nous désirons impliquer et mobiliser dans la promotion du logement social, afin qu’ils imaginent un quartier qui leur ressemble, qui les rassemble, et qui surtout, répond à leurs besoins. », nous précise M. Mireault.

Certains citoyens interrogés nous ont bien confirmé l’intérêt qu’ils portent au logement social malgré une certaine absence de vision quant à la manière de s’y prendre. « Je veux bien m’impliquer dans la gestion de mon quartier. Je constate que beaucoup de choses fonctionnent mal, mais je ne sais pas quoi faire au juste », confie Zahra. Une autre citoyenne, bénéficiaire d’un logement social, n’a pas manqué de se plaindre de l’absence d’hygiène dans son bâtiment. Elle nous a assuré de la difficulté de se concerter entre colocataires : « Nous manquons d’expérience dans la gestion collective des espaces communs et nous aimerions être soutenus pour créer un cadre de concertation afin de créer un meilleur cadre de vie », témoigne Esther.

Deux participantes qui ont assistées à la journée de réflexion du 5 octobre 2019 à l’école secondaire Saint-Exupéry organisée par le CPLS

Une aubaine pour les nouveaux arrivants

Selon les données officielles, les nouveaux arrivants manquent d’espace. Ils ont des enfants mais n’ont pas assez d’espace pour s’épanouir. En plus, en regard de leur situation, ils ne peuvent pas se payer de grands logements. Cette catégorie tend à s’accroître à Saint- Léonard avec l’arrivée d’une forte population d’immigrants.

Si cette immigration réjouit par l’aspect familial qui la caractérise, elle ne manque pas de soulever des interrogations quant à sa prise en charge : « Les nouveaux arrivants peuvent se retrouver avec des logements moins chers, mais dans un milieu de vie qui ne leur permet pas de s’intégrer et de s’épanouir, on va développer plus d’ateliers pour impliquer les citoyens », affirme  notre interlocuteur.

Comme le cadre de l’engagement s’y prête, il y va de l’attitude des citoyens de faire de leur logement ce dont ils aspirent. Certains logements sociaux, présentés lors de la journée d’information, n’ont rien à envier aux condominiums, que ce soit du point de vue de l’esthétique ou de l’hygiène.

En outre, l’implication dans la gestion du quartier peut constituer une opportunité pour les nouveaux arrivants qui peinent à faire valoir leurs diplômes et qui n’ont pas encore une expérience de travail au Canada. Elle leur permet d’apprendre en s’impliquant dans la gestion de leur bâtiment.

Si le CPLS mise beaucoup sur l’implication des citoyens de l’arrondissement, c’est aussi parce que l’année prochaine verra la création du comité d’ambassadeurs citoyens dont la mission est de participer à la promotion du logement social. Notons également qu’une stratégie d’inclusion de logement social dans les nouveaux développements immobiliers existe présentement à Montréal. De plus, un règlement pour rendre obligatoire l’inclusion de logements sociaux, abordables et familiaux est présentement étudiée en consultation publique. Ce sont toutes ces actions qui concourent au changement du cadre de vie et à travers lui, le vivre-ensemble.